
Assalam aleykum wa larmatoula wa belakatou
Un très bel article de Sabrina MERVIN (chercheur à l'Institut français du Proche-Orient de Beyrouth) sur les chiites dans la guerre au Liban paru dans Le Monde du 3 août 2006.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-734511,36-800713,0.html
Dahiyeh, la banlieue sud de Beyrouth, est désolée. La maison de Muhammad Husayn Fadlallah est détruite. Depuis dix ans, ce grand clerc chiite a pris ses distances avec le Hezbollah et l'Iran, en se posant comme un marja'indépendant. Il partage certaines opinions avec eux, d'autres pas. Il fait partie de ce que l'on appelle la hala islamiyya, le milieu islamique issu des mouvements politiques chiites qui ont émergé dans les années 1960, d'abord en Irak et en Iran. Un monde solidaire face à l'extérieur, mais parcouru de débats et de polémiques internes. C'est tout ce milieu qui, sous les frappes israéliennes, fait aujourd'hui bloc autour du Hezbollah. L'heure n'est plus à la critique du Parti, même voilée par la crainte.
Pour l'heure, ce sont bien des hommes du Hezbollah qui gardent la banlieue, sillonnant les rues en scooter, sifflant au passage de tout véhicule inhabituel. La plupart ont mis leurs familles en sûreté, ailleurs. "Nous sommes prêts", déclarent les quatre militants qui nous ont invités à prendre le thé. L'un d'eux a la photo d'Hassan Nasrallah sur son téléphone portable et la voix du leader en guise de sonnerie. Il s'en prend aux "étrangers" qui soutiennent Israël, mais en veut bien plus aux régimes arabes qui trahissent la résistance. On peut déjà prévoir, parmi les effets de cette guerre, la hausse de popularité de Nasrallah auprès de la "rue arabe". Celui-ci sait jouer de son charisme, et il use d'un ton nouveau dans les discours fleuves qu'il a prononcés depuis le début du conflit. Calme, posé, presque serein, il n'a plus recours à l'invective ni au trait d'humour, mais explique, point par point, la situation, ses actions, avec une volonté de clarté et de transparence affichée. Depuis quand n'a-t-on pas parlé ainsi aux Arabes ?
"Nous sommes prêts", réitèrent les jeunes gens, prêts à combattre dans une bataille inégale, à l'instar de leur imam, Husayn, qui a connu le martyre à Karbala, en 680, en luttant pour tenter de recouvrer son droit contre l'armée omeyyade. Pour les chiites, Karbala, c'est ici et maintenant. Une histoire qui se répète, encore et toujours, et qui n'aura de cesse qu'avec le retour du Mahdi, l'imam attendu, qui reviendra pour rétablir la justice sur terre.
Damas. La banlieue de Sayyida Zaynab, centre de pèlerinage au mausolée de la sainte du même nom, soeur d'Husayn, petite-fille du prophète Muhammad. Habituellement, les chiites affluent, de partout, en visite pieuse. Ce sont surtout des réfugiés du Liban que l'on y croise aujourd'hui ; ils sont installés dans le sanctuaire. Je reconnais un clerc au turban noir qui vient d'un village situé à la frontière israélienne. C'est un sayyid de village, savant mais sans ambition démesurée, un homme ouvert qui se mêle peu de politique. Nous échangeons quelques nouvelles, il me raconte son étonnement face à la chaleur de l'accueil des Syriens... Puis m'invite à le suivre, plutôt que de rester là, au milieu de la rue, en train de deviser avec une étrangère en cheveux.
Il rend visite à des clercs logés dans un hôtel pour pèlerins. L'un est libanais et réside à Qom, où il enseigne dans une école religieuse, l'autre est irakien. Rien de plus courant que ce type de réunions pour qui fréquente les milieux cléricaux chiites. Libanais, Irakiens et Iraniens entretiennent des liens qui font partie de l'histoire du chiisme et de ses oulémas, depuis la dynastie safavide. Ce sont des alliances matrimoniales entre familles de clercs qui se tissent jusqu'au plus haut niveau des élites, religieuses et politiques. Ce sont aussi des liens de maître à élève, entre étudiants qui suivent le même cursus ardu, pendant des années, ou bien entre enseignants. A ce tissage qui s'effectue dans le mouvement, entre les grands centres chiites, se superposent les affiliations et les parcours politiques. Le tableau devient encore plus complexe si l'on y ajoute les débats d'idées entre néoconservateurs et réformistes, entre adeptes d'un régime islamique et libéraux.
Ce qui est tangible, vu d'ici, c'est l'axe Liban/Hezbollah-Syrie-Iran, qui, s'il a des soubassements religieux, est complètement politique, et se présente comme un nouveau front du refus de la politique américaine. A Sayyida Zaynab, comme ailleurs à Damas, fleurissent les portraits juxtaposés de Bachar Al-Assad et d'Hassan Nasrallah, même le président iranien Ahmadinejad, le troisième partenaire, est présent.
Dans le vieux quartier chiite, l'école Muhsiniyyeh est pleine de réfugiés. Les familles qui affluent sont enregistrées, nourries, vêtues et logées dans des familles. Il y en aurait 6 000 dans le quartier. Des militants du Hezbollah se chargent de l'organisation avec les notabilités locales et l'administration de l'école. Nul doute que l'enthousiasme qu'ont mis les Syriens à aider les réfugiés va resserrer les liens entre ces populations, qui ne se sentaient pas d'affinités particulières entre elles.
Cette école a été fondée en 1901, pour les enfants démunis, par un clerc chiite réformiste venu de l'actuel Liban sud. L'un de ses descendants est réfugié, lui aussi, dans le quartier. C'est un clerc qui ne défend pas les thèses du Hezbollah. Il me donne des nouvelles de sa famille, dont j'ai écrit l'histoire. Son jeune fils est aux Etats-Unis, où il étudie la médecine. A-t-il renoncé à porter le turban ? Non, explique le sayyid, il suivra un cursus religieux après...
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||